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12 juin 2008
Un Démocrate au Sénat (1/2)
Bonjour,
C'est avec beaucoup de plaisir que je publie aujourd'hui le texte écrit par mon ami Thierry, à l'occasion des rendez-vous citoyens du Sénat consacrés à l'Europe. Compte tenu sa densité, ce compte rendu sera publié en deux billets. Voici le premier :
En guise de galop d’entraînement à la Convention sur l’Europe organisée le 8 juin par le Mouvement Démocrate, j’ai assisté à un débat organisé dans le cadre des :
RENDEZ-VOUS CITOYENS DU SENAT
Le thème de la journée du samedi 7 juin 2008, L’Europe d’Hérodote à Erasmus présentait trop d’atomes crochus avec la thématique qui avait motivé mon déplacement à Paris pour que je passe à côté de cette opportunité. Je m’étais donc inscrit au débat de clôture dont le fil conducteur, une question, n’avait pas manqué de titiller ma curiosité :
« EUROPÉENS, JUSQU’OÙ ET POURQUOI ? »
BGR, dont l’agenda est aussi rempli que celui d’un ministre, n’a pu se libérer de ses engagements pour assister à la Convention du 8 juin.
Il m’avait donc généreusement proposé de m’ouvrir les colonnes de son blog, si je le souhaitais, pour faire un compte rendu de cette convention.
Ayant pris un peu d’avance avec la série de billets consacrés aux 27 Etats de l’Union publiée chez Chantal, toujours prêt quand il est question de parler d’Europe, j’avais bien volontiers accepté l’offre de Bernard et je tiens à l’en remercier ici devant vous. ;-)
De retour de Paris, et ayant assisté aux deux débats, je me suis dit que ce serait bien de partager avec vous ce que j’ai pu retenir du débat du Sénat dont la chaîne du câble Public Sénat a assuré la retransmission.
J’ai en effet pu réaliser que les échanges de haute volée auxquels nous avons assisté au Sénat pourraient permettre de mieux comprendre et mettre en perspective notre engagement de Démocrate dans le débat public autour de l’Europe.
Je vous demanderais de bien vouloir pardonner par avance les inévitables maladresses imputables à mon manque d’expérience.
C’est tellement plus facile d’être du côté des commentateurs !
Je commencerai en vous donnant la liste des intervenants.
Le débat en clôture de cette journée était présidé par Christian PONCELET, Président du Sénat.
La coanimation du débat était assurée par Franz-Olivier GIESBERT (président-directeur général du Point) et Perrine TARNEAUD (journaliste à Public Sénat).

Des intervenants de tous horizons ont tour à tour pris la parole :
- Laurent FABIUS, ancien Premier ministre,
- Philippe RICHERT, Vice-président du Sénat,
- Brice LALONDE, ancien ministre, ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique,
- Marco PANNELA, député au Parlement européen,
- Jean-Noël JEANNENEY, ancien ministre, historien, vice-président d'Europartenaires,
- Noëlle LENOIR, ancien Ministre,
- Marielle de SARNEZ, députée au Parlement européen,
- Jean-Hervé LORENZI, président du Cercle des économistes,
- Benjamin STORA, historien,
- Ulrike GUEROT, Directrice du bureau de Berlin du European Council on Foreign Relations.
Ce qui suit est la retranscription par nature imparfaite des échanges, parfois vifs, que j’ai pu capter au vol.
************
Christian Poncelet assure l’introduction du débat en se livrant à un exercice de promotion des Rendez-vous citoyens du Sénat.
NDR : Faisant fi de toutes considérations partisanes, je tiens à souligner le caractère exemplaire de cette initiative ! C’est vraiment une bonne idée ouverte à toutes et tous ; si vous en avez un jour l’occasion, n’hésitez pas à y aller, en plus, c’est gratuit ! (dans la limite des places disponibles)
Ces rendez-vous citoyens ont pour objet d’ouvrir le débat sur des thèmes d’actualité avec pour prédicat que la lueur des enseignements de l’histoire contribue à l’éclairage du présent.
Le cadre du Sénat se prête à mon sens parfaitement à de tels échanges.
Et, je suis peut-être perfide de l’écrire, un hémicycle du Sénat qui affiche complet, cela vaut le coup d’œil.
Le Président du Sénat commence par rappeler les enjeux géographiques, un espace qui va de l’Atlantique à l’Oural, et le contexte historique des débuts de la construction de l’Europe.
C’est un projet à nul autre pareil que les « Pères de l’Europe » ont imaginé et commencé à mettre en œuvre au sortir de la guerre ; comment assurer la paix et la prospérité ?
De nos jours, la paix et la prospérité sont assurées. Monsieur Poncelet insiste sur le défi que doivent désormais relever les politiques qui est :
Comment remettre les citoyens au cœur de la construction européenne ?
Rebondissant sur les propos du président du Sénat, Franz-Olivier Giesbert (FOG) ouvre le débat par une question :
Européens, jusqu’où et comment ?
Comment créer les sentiments d’appartenance à cet ensemble ?
Faut-il un président, une langue commune ?
Laurent Fabius rappelle dans son introduction qu’il s’agit d’un type d’interrogations nouvelles par rapport aux débuts de la construction européenne.
Au début, les enjeux étaient simples, il convenait d’assurer les conditions de garantie de la paix à travers la mise en commun de politiques touchant à l’acier et au charbon puis les échanges économiques.
Au tournant des années 80, la garantie de la paix n’était plus un enjeu principal, le problème de l’autre-chose a commencé à se poser. Cet autre-chose, selon Laurent Fabius, est simple, il s’agit de pouvoir offrir une figure humaniste à la mondialisation. L’Europe justement porte ces valeurs humanistes.
Mais il convient aussi de ne pas sous-estimer le sentiment diffus qu’ont les Européens d’une menace de déclassement qui pèserait sur eux.
FOG interrompt alors Laurent Fabius :
« Concrètement ? »
Répondant du tac au tac, l’ancien Premier ministre avance deux pistes pour garantir l’avenir du modèle européen :
- consacrer des efforts à la recherche dans un cadre européen d’une part,
- consacrer une clause européenne de sauvegarde sociale d’autre part.
Prenant la parole, Marco Pannela souligne la crise certaine, qui à ses yeux, s’est manifestée contre les décisions du Parlement européen. Le député italien rappelle que l’idée de Constitution européenne avait été actée dès 85 par le Parlement Européen.
Il évoque ensuite la demande d’adhésion à l’Europe qui avait été faite par le Royaume du Maroc en 87 et fait état des résultats d’un sondage selon lequel 70% des citoyens israéliens souhaiteraient l’adhésion de leur pays à l’Union européenne.
Le député italien fait part de ses interrogations : Comment créer le sentiment européen ? Comment cesser surtout de le détruire ?
Il voit en l’espoir populaire qui s’est manifesté depuis bientôt vingt des raisons d’espérer.
Brice Lalonde à son tour intervient dans le débat en nous rappelant que l’Europe est scrutée de l’extérieur. Il rappelle que l’Union européenne joue un rôle de locomotive dans la lutte contre les effets du changement climatique.
Noëlle Lenoir quant à elle, insiste sur la nécessité qu’il y a à communiquer pour développer un sentiment commun d’appartenance à l’Union.
Elle prend comme exemple les agriculteurs irlandais qui attendent que l’Europe prenne des positions fermes dans le cadre des négociations de l’OMC. L’ancienne ministre serait encline à penser que la passion des citoyens pour l’idée européenne se manifeste surtout en période de débat.
Madame Lenoir insiste ensuite sur le fait que la grande majorité des citoyens de l’Union récuse l’idée d’un Etat fédéral européen.
Ensuite, elle rappelle qu’actuellement l’Europe est en train de s’organiser à la suite de la signature du Traité de Lisbonne. Elle ne cache pas que les politiques ont un rôle essentiel à jouer pour créer le sentiment d’une appartenance commune, mais pour ce faire, ils doivent indiquer clairement ce qu’ils veulent.
En prenant la parole, Marielle de Sarnez, revient sur la disparition de la mention des symboles européens dans le texte du traité qui a été signé à Lisbonne. Nous ne pouvons qu’approuver son point de vue quand elle regrette que la France fasse partie des onze Etats qui n’ont pas signé le protocole reconnaissant les symboles de l’Union (NDR le drapeau, l’hymne, la devise et l’euro).
La vice-présidente du MoDem évoque ensuite les nouveaux équilibres qu’il convient de trouver dans un monde en crise tant sur le plan financier qu’au niveau des problématiques environnementales.
A la question qu’elle émet « Quelles peuvent être les réponses que l’Europe pourra apporter face à ces enjeux ? », Marielle de Sarnez indique qu’il y a lieu de repenser les enjeux en insistant sur :
- Les valeurs qui sont celles de l’Europe (modèle européen d’économie sociale de marché),
- La nouvelle organisation du monde. Pour l’illustrer, Marielle de Sarnez utilise l’exemple des produits alimentaires qui arrivent sur le marché africain à un coût moindre que ceux qui sont produits localement. L’objectif serait de parvenir à un équilibre garantissant l’autosuffisance des grands ensembles du monde.

Philippe Richert prend la parole pour rappeler la fracture qui est observée entre les attentes des citoyens et le discours des politiques. Il regrette que les réussites (Ariane, Airbus) soient occultées par les difficultés quand on parle d’Europe.
Il faut à son avis multiplier les gestes et actions concrètes pour prouver aux citoyens la réalité de l’Europe.
Le discours technocratique n’est pas compris. Les citoyens attendent des politiques un discours sur les éléments de leur quotidien.
Monsieur Richert cite par exemple l’euro qui n’est pas suffisamment présenté comme une monnaie forte qui est reconnue sur la scène internationale.
S’agissant des valeurs, le Vice-président du Sénat souligne le fait qu’une Europe uniquement basée sur des aspects économiques ne suffit pas. En disant cela, il pense à la jeunesse à qui incombera de porter les espoirs de la construction européenne dans les années à venir.
Ulrike Guérot avance que près de 37% des réserves mondiales sont détenues en euro.
Elle rappelle que le poids de l’Europe à l’échelle du monde est appelé à baisser, en 2050, la population européenne ne sera plus que de 7% du total mondial.
L’Europe devra peser sur les enjeux mondiaux tout en défendant ses intérêts. Elle souligne la dimension stratégique qu’aurait l’adhésion d’Etats comme l’Ukraine ou la Turquie en matière de production ou de transport d’énergie.
FOG pose alors la question qui fâche :
« Et le fédéralisme, c’est un gros mot ? Comment les citoyens peuvent-ils accepter que les politiques nationales aient si peu de poids ? »
Jean-Noël Janneney va s’attacher à démontrer que l’histoire est importante pour comprendre l’Europe.
Comment enseigner l’histoire européenne ?
Il rappelle que l’Europe d’aujourd’hui n’est plus celle des élites qui prévalait au début.
L’historien rappelle les différents modes de gouvernement qu’a pu connaître le continent européen au fil du temps :
- Une Europe dominée par des personnages forts (Napoléon Ier, Hitler),
- Une Europe construite autour de systèmes politiques puissants (Saint-Empire Romain Germanique),
- Le troisième modèle, celui que nous connaissons, n’avait jamais été vu entre des Etats ; c’est ce qui fait du message européen un message spécifique.
Jean-Noël Janneney rappelle à juste titre que l’Europe n’a jamais été aussi efficace quand les idées ont pu circuler librement (Lumières mais aussi Erasmus), en un mot quand a régné une forme de civisme européen.
Christian Poncelet fait ensuite un état des lieux des questions relatives à la construction européenne qu’il faut aborder. Il avance le fait que nous serions allés trop vite dans les dernières phases de l’élargissement.
Les citoyens, les agriculteurs émettent des craintes quant à de possibles délocalisations à l’est de l’Union. Le Président insiste sur le fait qu’il faut harmoniser les règles fiscales et sociales pour éviter les délocalisations.
Il rappelle que l’accord « multifibres » conclu dans le cadre des négociations de l’OMC a mis en danger les industries européennes.
Le Président du Sénat indique les deux axes à privilégier pour la poursuite de la construction de l’Union Européenne :
- Une défense commune est nécessaire pour protéger les valeurs européennes,
- Mais une défense commune ne saurait être mise en place sans une politique étrangère commune.
Brice Lalonde rappelle ensuite que les décisions du Conseil européen (NDR réunion des chefs d’Etats et de gouvernements) sont prises à la majorité. Il dénonce à ce propos, le double langage des politiques qui imputent alternativement les succès sur l’efficacité de leur action ; les échecs, quant à eux, sont mis au compte de la Commission européenne.
@micalement,
Thierry P.
La suite sera publiée dès demain...
A+
BGR : MoDem du Pays Basque (64)

Vivons la MoDem attitude :
être capable de dire oui quand les décisions sont justes, vont dans la bonne direction
être capable de dire non et de se battre quand elles menacent d'être injustes ou d'aller dans la mauvaise direction
Publié le 12 juin 2008
à 06:30
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Commentaires
Merci Thierry de nous permettre d'assister en différé à ce rendez-vous citoyen et merci à BGR de t'ouvrir ses pages pour le faire . Ah quelle belle équipe vous faites ! Tè vé...pour la peine je vous fais une bise à tous les deux !:)))
Ecrit par : force_hyeres | 12 juin 2008
Merci BGR pour ton hospitalité ;-)
@mitiés
Ecrit par : Thierry P. | 12 juin 2008
François Bayrou estime qu'il faut "repenser l'Europe".
Nous aurons besoin de la réflexion la plus large et la plus désintéressée.
Nous aurons besoin d'un projet européen qui sache créer l'espoir pour chaque Européen.
Nous aurons besoin de nouveaux Européens charismatiques qui portent ce projet.
Battons nous, Thierry et Chantal, pour que notre Europe nous fasse rêver...
Ecrit par : BGR | 12 juin 2008
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