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28 avril 2008
Les Gracques
Bonjour,
Pendant la campagne présidentielle de 2007, un groupe informel d'anciens hauts fonctionnaires socialistes, les Gracques, signent un appel à une alliance PS-UDF. L'usage de ce pseudonyme montre leur souhait de réforme. Suite à la défaite de la candidate socialiste, ce groupe a formalisé son existence en tant que groupe de réflexion et de pression afin de participer à la rénovation de la gauche française. Ceci s'est traduit par la création d'une association loi de 1901 et la publication d'un manifeste.
Un article des Gracques a été publié dans le Nouvel Observateur du 23 avril 2003. Ce texte, extrêmement critique sur le "paquet fiscal", recense les trois péchés de Nicolas Sarkozy :
Toute la politique économique de Nicolas Sarkozy est dans le geste inaugural du quinquennat : le fameux "paquet fiscal". Un péché contre la raison économique, la justice sociale et l’esprit de réforme.
Un péché contre la raison économique
Le pouvoir d’achat des Français évolue de moins de 1% par an depuis vingt ans. Si le pouvoir d’achat stagne, c’est parce qu’on ne produit pas assez de richesses. Dans le classement mondial de la richesse par tête, nous ne cessons de reculer. Le "paquet fiscal" de 15 milliards d’Euros par an consacre la recette éculée de la relance par la consommation, comme en 1981 ! Le Premier ministre déclare tranquillement l’Etat en faillite, quelques semaines après avoir vidé les caisses. L’Euro nous évite de "payer cash" la facture de notre laxisme. Il nous offre l’option du déclin tranquille.
Un péché contre la justice sociale
Au moins la relance de 1981 essayait-elle d’aller vers plus de justice. En 2007, c’est l’inverse : le guichet a été ouvert au profit des catégories les plus favorisées, justement celles qui consomment moins leurs suppléments de revenus. La détaxation des heures supplémentaires est une redistribution des exclus du marché du travail vers les titulaires d’un emploi. La détaxation des intérêts d’emprunts sur la résidence principale est une deuxième redistribution à l’envers. Cela ne fait que soutenir l’inflation immobilière ou ralentir la chute nécessaire des prix. Dernier volet, le plus scandaleux : la redistribution du travail vers l’héritage. On avait promis la réhabilitation du travail. Et le premier acte économique est la détaxation de l’héritage ! Sans débat, la France est devenue un paradis fiscal héritiers. Ce n’est pas seulement une affaire de justice ou de redistribution. Une économie de marché dynamique n’est pas une économie de rente.
Un péché contre l'esprit de réforme
Tout cela ruine l’esprit même de la réforme. L’attente du changement était immense dans toutes les couches sociales. Un an après, la promesse est loin d’être tenue. On doit reconnaître une certaine réussite dans la relance de l’Union Européenne, la réforme des régimes spéciaux, la réforme de la carte judiciaire, le service minimum, la fusion UNEDIC-ANPE et celle des impôts et du trésor public. Sur le contrat de travail, le bilan est plus ambigu. La réforme passe en outre complètement à côté d’une "flexisécurité" à la française, inspirée des réussites scandinaves. Parmi les "fausses réformes" ou les occasions manquées, on peut citer la réforme des universités, la loi sur la modernisation de l’économie, l’engagement écologique du Grenelle qui s’arrête sur la taxe carbone, la réforme de l’audiovisuel public qui se noie dans l’improvisation. Quant au grand projet du RSA , le voilà renvoyé aux calendes, pour cause de disette budgétaire.
Aucune des réformes évoquées ne s’attaque au noyau dur des difficultés françaises : sortir d’une société de corporations, de rentes et de castes, qui bloque la mobilité et la croissance. Le catalogue "technique" des réformes nécessaires existe : commissions Camdessus et Pebereau sur la dette publique, Attali sur la croissance. Mais la majorité ne veut ni ne peut les mettre en oeuvre. Elle peut s’attaquer parfois aux acquis de gauche, mais pas aux rentes de droite. En démocratie, pour réformer, il faut de la confiance et de l’argent pour indemniser les perdants ou accompagner les changements. Mais ayant tout dépensé avant de réformer, le gouvernement n’a plus les moyens de dépenser pour réformer. Ayant distribué à ses fidèles un pouvoir d’achat qu’ils ne dépenseront pas, il n’a plus le crédit moral pour engager les vraies réformes structurelles, ni de crédits tout court pour les financer.
Repenser l'exception française
Le statu quo profite aux plus forts, pas aux plus faibles. un Etat mal géré pénalise les plus pauvres, pas les plus riches. Il faut renoncer au mythe de l’exception française, qui n’est que le masque des corporatismes. La France rayonne toujours par sa culture, ses scientifiques, ses grands équipements, ses positions internationales... Mais s’agissant de notre organisation économique et sociale, nous ne sommes désormais vraiment exceptionnels que par nos échecs. Notre modèle ne laisse plus assez de place à l’innovation et à la croissance, qui seules garantissent le progrès social.
Les solutions sont celles qui ont été appliquées dans les autres pays européens. Sortir du régime d’emploi à vie dans le secteur public et y imposer des gains de productivité ; protéger les travailleurs davantage, mais pas les emplois ; réformer les aides sociales pour favoriser le retour au travail ; faire payer leurs études supérieures à ceux qui en ont les moyens mais donner plus de bourses à ceux qui en ont besoin ; prolonger l’activité pour diminuer la charge des générations futures sur la retraite de leurs aînés... Ces réformes n’étaient pas faciles à "vendre" et pourtant les gauches européennes les ont menées à bien.
La réforme, ce n’est pas "tout ou rien", comme l’a dit trop rapidement Jacques Attali. Mais c’est tout le monde ou personne. La vraie contrainte est politique, et elle ne se surmonte que par la transparence, la simplicité, et par-dessus tout l’exemplarité. La réforme de l’Etat commencera donc par l’abandon de l’emploi à vie dans la haute fonction publique. La réforme du marché du travail par l’interdiction des parachutes dorés et argentés des cadres supérieurs, et par l’ouverture des métiers protégés. La réforme fiscale par une taxation du capital, de ses revenus annuels et des stocks au moment de l’héritage, au même niveau que celle du travail. Ce sont les conditions d’une réforme acceptée.
Un an après, qui osera ?
A+
BGR : MoDem du Pays Basque (64)

Vivons la MoDem attitude :
être capable de dire oui quand les décisions sont justes, vont dans la bonne direction
être capable de dire non et de se battre quand elles menacent d'être injustes ou d'aller dans la mauvaise direction
20:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : paquet fiscal, économie, justice sociale, réforme



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