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21 avril 2008
Quelle croissance ?
Bonjour,
Avec l'explosion du coût des produits énergétiques et alimentaires, avec la faim qui s'accroît dramatiquement dans les pays les plus pauvres, la question de la croissance reste indéniablement au coeur de l'actualité. Ce billet fait la synthèse et complète ceux que j'ai déjà publié à ce sujet.
Depuis plusieurs années, j’ai une conviction plutôt intuitive selon laquelle la sacro-sainte croissance économique et la surconsommation qu’elle engendre nous conduisent tout droit dans le mur. Les ressources énergétiques s’épuisent et certaines matières premières se font rares. L’environnement se détériore et la survie de nombreuses espèces est menacée. Les pays les plus pauvres et les populations les plus démunies sont dans une situation de plus en plus intolérable. Dans les pays les plus riches, le bien-être des populations n’est pas forcément en rapport avec le taux de croissance et la consommation.
En préconisant le développement durable, nous nous engageons dans une voie plus sensible aux questions environnementales et moins orientée vers une consommation excessive. C’est une approche plus réaliste de notre devenir, mais est-ce suffisant ?
Depuis plusieurs mois, je lis des articles et des commentaires sur la décroissance soutenable. Ce modèle économique et politique vise à casser la spirale infernale dans laquelle nous nous sommes engagés, avec des mesures beaucoup plus radicales que le seul développement durable. La décroissance soutenable prend en compte le bien-être des populations et la santé des éco-systèmes. C'est un moyen de rechercher, pour nous et pour les générations futures, une qualité de vie supérieure, qui ne s’appuie pas sur la consommation.
Je n’ai pas encore d’avis définitif sur cette question :
Le développement durable est la nécessité d’aujourd’hui !
La décroissance soutenable sera-t-elle l’obligation de demain ?
A partir du moment où l'humanisme et la préservation de notre environnement naturel sont nos valeurs communes, il faut se poser certaines questions et trouver des réponses crédibles.
Par exemple :
La croissance actuelle de l'économie mondiale permet-elle la survie de l'humanité dans des conditions acceptables ?
Toutes les populations de la planète pourront-elles atteindre un jour notre niveau actuel de consommation ?
Nous avons besoin des réponses d'experts indépendants des dogmes et des lobbies.
Nous devons savoir vers quoi nous engageons notre planète.
En fonction des réponses, il faudra inventer de nouveaux modèles économiques qui ne s'appuyeront plus sur un taux de croissance nécessairement élevé. C'est vrai que notre société n'est probablement pas prête à accepter la décroissance même "soutenable" mais j'ai peur que nos comportements écologiques personnels et notre génie inventif collectif ne soient pas suffisants pour résoudre le défi qui se présente à nous.
Nous ne pourrons pas fuir en avant éternellement !
Nous devrons choisir entre avoir et être...
La traduction du livre de Benjamin Barber : "Comment le capitalisme nous infantilise" peut nous permettre une réflexion sur l'évolution de notre société de consommation. Ce professeur américain de sciences politiques fut un conseiller démocrate de Bill Clinton. Son livre montre comment les experts de la "mercatique" et du "marchandisage" cherchent à redonner aux adultes les goûts et les habitudes des enfants, afin de pouvoir vendre à tous, la profusion assez inutile de gadgets et de biens de consommation qui ne répondent à aucun besoin discernable.
Si le capitalisme de Rockefeller ou de Henry Ford était inventeur et tentait de répondre aux besoins de l'Humanité, le capitalisme d'aujourd'hui serait devenu dangereux pour la démocratie. En faisant de nous des consommateurs avant tout, le capitalisme impose la logique du "je veux" propre aux enfants, contre celle du "nous voulons" des citoyens adultes.
Voici également quelques extraits d'un éditorial publié par Le Temps, journal suisse francophone de référence :
Les bombes, le fric et la nécessaire utopie
L'année finit en un fracas tragique. Dans le chaudron pakistanais, la folie destructrice, éternellement acharnée contre la raison, assassine l'un des visages de l'espérance. Sommes-nous entrés dans cette ère d'hyperviolence qui irait de pair, selon certains théoriciens, avec cette mondialisation qui, nivelant tout, nous pousse à restaurer notre identité sur le rejet ?
Une chose est sûre : le monde mondialisé, générant le décollage de pays qu'on croyait condamnés à la misère, fabrique des anticorps chaque jour plus virulents. Voyez les nationalismes en pleine renaissance, de la France sarkozienne à la Russie de Poutine, en passant par le Sonderfall helvétique exalté par l'UDC !
Voyez aussi les solidarités élaborées au XIXe siècle, avec la naissance de l'industrialisation et de la classe ouvrière, si rudement mises à mal. Le soupçon d'abus s'est installé au point qu'il ronge désormais le système redistributif mis en place après la Seconde Guerre mondiale. La légitimité de l'impôt en est altérée, voire celle de l'Etat, lorsque parlent les ultras du tout-au-marché.
Triomphe en revanche le goût de l'enrichissement sans complexe. Flattés par la pipolisation de l'industrie de la communication et du divertissement, les «Überriches», dont on s'arrache partout les milliards, érigent en modèle une caste aux goûts et aux habitudes semblables d'un bout à l'autre de la planète.
Chacun admet aujourd'hui que l'homme surexploite et surpollue son environnement. La prise de conscience a été générale, spectaculaire. Mais comment faire du souci écologique, plutôt qu'une rébarbative machine à privations individuelles, un projet collectif propre à soulever les enthousiasmes ?
Le défi est immense car il n'est de solution que mondiale. C'est par lui, pourtant, qu'il sera possible de renégocier notre lien social fatigué, et de régénérer le désir de futur dont nos sociétés enrichies, mais désenchantées, semblent avoir perdu la clé.
C'est ce qui est décrit si magnifiquement dans le dernier paragraphe de cet éditorial qui constitue la base de mon engagement politique ! Le Mouvement Démocrate doit être le vecteur de notre désir de futur...
J'ai bien conscience d'apporter au débat plus de questions que de réponses ! Au moins auront-elles le mérite de le lancer...
A+
BGR : MoDem du Pays Basque (64)

Vivons la MoDem attitude :
être capable de dire oui quand les décisions sont justes, vont dans la bonne direction
être capable de dire non et de se battre quand elles menacent d'être injustes ou d'aller dans la mauvaise direction
Publié le 21 avril 2008
à 13:30
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Commentaires
Bonjour BGR,
Ce billet est tout simplement exemplaire. Il va même contribuer à alimenter ma réflexion.
Mon questionnement n'est guère différent sur tous les thèmes dont tu fais ici la synthèse.
Depuis un moment, je suis aussi arrivé tout aussi intuitivement au même constat. Je pense en effet que les thèmes que tu mets en avant seront au coeur des débats de demain.
Il nous appartiendra, démocrates, de creuser notre réflexion, de proposer des idées... voire des solutions (soyons audacieux !) .
Je mets par ailleurs à profit ce commentaire pour te dire tout mon intérêt pour ton projet "internet". Je ne suis qu'une petite bille d'argile en informatique, mais ce projet offre, me semble-t-il, un bonne base de travail.
Ainsi, il ne serait pas incongru, je pense, d'envisager de créer par la suite un "atelier" autour des thématiques qui sont exposées dans ton billet.
Il serait dommage en effet, que l'écume des jours et des "petits événéments" nous fassent perdre de vue ces sujets à mon sens majeurs.
Car, si notre mouvement a connu quelques petits ratés à l'allumage, je suis de ceux qui pensent qu'il conviendrait désormais de songer à moins se mirer le nombril et de pouvoir ainsi passer à la phase constructive du MoDem.
Les structures "institutionnelles", idéalement opérationnelles avant l'été (?), ne doivent pas être une finalité en soi. Elles doivent nous permettre de "cadrer efficacement" l'action et la définition du projet démocrate.
@mitiés oranges
Ecrit par : Thierry P. | 22 avril 2008
Merci pour ce commentaire qui donne envie de continuer à travailler !
Je crois aussi que nos institutions internes ne sont pas une finalité, mais un simple moyen de mettre en place notre projet et de le réaliser lorsque les électeurs nous auront fait confiance. Mais nos structures internes constituent tout de même la base de notre édifice démocratique et nous ne pouvons les négliger.
Nous ne bâtirons un projet de grande qualité que si nos fondations sont solides.
Ecrit par : BGR | 23 avril 2008
Heureux de voir d'autres Modem, dans d'autres régions qui partagent des préoccupations et une sensibilité très proches en matière de développement durable et d'avenir humain; C'est avec beaucoup d'honnêteté que vous faites part aussi de vos doutes sur les solution à apporter . Quelle croissance ?
Certainement pas la même que celle que nous avons eu ces dernières années - en tant que modèle productiviste destructeur - . Recentrons nous vers les vrais besoins et la qualité de vie ; là l'augmentation du PNB sera d'un faible intérêt . Dans tout les cas de figure, il faut promouvoir la sobriété énergétique et des flux de matières, les productions locales, surtout en matière alimentaire . Cela n'a rien à voir avec un retour à l'âge des cavernes . Et si on parlait de bien être durable ?
Patrice
http://patricemars.blogspot.com/
Ecrit par : Patrice ALBERT | 23 mai 2008
La notion de "bien être durable" est effectivement un élément essentiel pour l'avenir de notre société.
Ecrit par : BGR | 24 mai 2008
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